"Volem rien foutre al païs" : désertion, autonomie et mise en commun

Publié le par Le désert du réel

"L'enfer des vivants n'est pas chose à venir ; s'il y en a un, c'est celui qui est déjà là, l'enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons d'être ensemble. Il y a deux façons de ne pas en souffrir. La première réussit aisément à la plupart : accepter l'enfer, en devenir une part au point de ne plus le voir. Le seconde est risquée et elle demande une attention, un apprentissage, continuels : chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l'enfer, n'est pas l'enfer, et le faire durer, et lui faire de la place."  Italo Calvino, Les villes invisibles.  

 

 

 

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   On pourra toujours décrire le désert ou l'enfer, le réel dans sa misère nue. On pourra toujours tenter de  nommer cet enfer en pointant différents régimes de domination : Etat, capitalisme, société marchande, Empire, etc. Pourtant le réel n'est pas le désert même s'il est effectivement traversé, structuré et machiné par des lignes de pouvoirs hégémoniques -  le pouvoir n'est jamais absolument homogène. L'ordre ne règne jamais intégralement en tous les points de l'espace social, quoi qu'en disent le pouvoir en même temps qu'une certaine critique du pouvoir. L'ordre social est traversé de part en part de lignes de fuite et de formes de vies qui lui échappent. D'où une ligne politique qui se dessine : chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l'enfer, n'est pas l'enfer, et le faire durer, et lui faire de la place.

 

 

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En grève jusqu'à la retraite a-t-on pu lire ici ou là. Mais pour faire quoi ? Petit tour de pratiques qui visent l'autonomie, la réappropriation et la mise en commun.
"Volem rien foutre al païs" est un documentaire de Pierre Carles. "Mis en demeure de choisir entre les miettes du salariat précaire et la maigre aumône que dispense encore le système, certains désertent la société de consommation pour se réapproprier leur vie. "Ni exploitation, ni assistanat !" clament-ils pour la plupart. Ils ont choisi une autre voie, celle de l'autonomie, de l'activité choisie et des pratiques solidaires... " (présentation de l'éditeur).

 

Comme introduction au concept de ligne de fuite chez Deleuze, un extrait de Ruptures :

http://infokiosques.net/spip.php?article415

« Anti-pouvoir, tactique de la disparition, anti-politique, insurrection et sécession, zone autonome temporaire ; tous ces concepts témoignent d’une autre perspective que celle de la tradition révolutionnaire. Il y a clairement rupture : rupture d’avec cette conception révolutionnaire de l’opposition au pouvoir tout autant que rupture d’avec des dispositifs de pouvoir qui nous écrasent.

C’est en quelque sorte une autre manière de s’insurger contre une loi ou un projet de loi : refuser de la respecter, désobéir, violer la loi et bafouer du même coup l’autorité et l’idée même de l’Etat de droit. Il ne s’agit pas de manifester, de pétitionner et militer contre cette loi, mais de simplement les refuser : elle et le pouvoir qui l’impose. C’est la désobéissance civile, l’insoumission, l’illégalité. Nous ne revendiquons rien, nous n’avons rien à négocier ; cette loi n’est pas la nôtre et nous ne la respecterons pas. Il y a des lois qui ne peuvent prendre effet car trop de gens les refusent et il y a des délits, comme par exemple le vol à l’étalage, qui sont si fréquents que les pouvoirs publiques n’ont pas les moyens de les punir autant qu’ils le voudraient.

Je ne connais pas de métaphore plus enthousiasmante pour nous redonner courage face à l’arsenal répressif et technologique qui se met en place en ce moment, que celle du tuyau d’arrosage qui fuit de tous les bouts : « Il n’y a pas de système social qui ne fuie par tous les bouts, même si ces segments ne cessent de se durcir pour colmater les lignes de fuite » (Deleuze, Guattari, Mille Plateaux). Une loi colmate une fuite mais une autre fuite se déclare un peu plus loin. Les dispositifs de pouvoir consacrent une énergie considérable à colmater les fuites car ils fuient de toutes parts. Le désir de fuir gronde toujours quoi que fasse l’autorité. Il n’y a pas de transports en commun payants sans fraude, de guerre sans déserteurs, de magasin sans vol, de prisons sans tentative d’évasion. Et c’est sur toutes ces pratiques que se dessine la perspective sécessionniste ».

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HB 15/04/2011 19:52


Ici une version avec sous-titres (pour ceux ne parlant pas espagnols, etc.) : http://www.megaupload.com/?d=R0RXE228