L'antiterrorisme comme mode de contrôle politique.

Publié le par Le désert du réel

"Et quand on parle en mal  des lois d’exception et de leur nécessaire abolition, il me  semble qu’on oublie un fait fondamental de la législation pénale, qui est que toute législation pénale est par définition une législation d’exception". Thierry Lévy, avocat des 10 de Tarnac.

 

"Si nous n'étions pas occupés à tresser des couronnes de jasmin ou de lotus aux révoltes du Maghreb, peut-être n'aurions-nous pas déjà oublié que Ben Ali, quatre jours avant de disparaître dans les poubelles de l'histoire, avait parlé des émeutes de Sidi Bouzid comme "d'impardonnables actes terroristes perpétrés par des voyous cagoulés". Les 10 de Tarnac


 

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    Ce que l'affaire Tarnac a aussi rendu visible c'est la mise en place d'une forme singulière de contrôle social et politique qui repose sur l'antiterrorisme.  La tentation n'est pas nouvelle pour le pouvoir - qu'on songe aux révolutionnaires algériens qui furent évidemment qualifiés de terroristes - , mais la tactique prend un tour systématique depuis le 11 septembre 2001. Le déploiement de l'anti-terrorisme comme mode de contrôle politique est à ranger dans ce que le 11 septembre a rendu possible : la mobilisation générale contre le terrorisme, et donc le développement de mesures dites d'exception comme l'extension de la durée légale de garde-à-vue à 96 heures pour étouffer ce nouvel ennemi intérieur. On a pu alors mettre en prison des gens qui luttaient contre des centres de rétention en leur collant une procédure antiterroriste sur le dos : quelques fumigènes artisanaux et des crève-pneus se transformaient en possible bombe. Quelques crochets visant à saboter un train justifiaient une procédure antiterroriste inédite. "Il en aura coûté quelques millions d'euros pour transformer en instruction bien ficelée des fantasmes de flics".  Magiquement l'antiterrorisme fabrique l'ennemi dont il a besoin pour exister. Hélas pour le pouvoir, et quelques soient ses efforts pour le nommer selon ses fantasmes et le réprimer,  immanquablement de l'ingouvernable surgit.

 


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Deux documentaires et quelques éléments sur l'antiterrorisme.

Tarnac : enquête sur "l'ultra-gauche", Une enquête de Thierry Vincent
Le 11 novembre 2008, 150 policiers et gendarmes ont réalisé un coup de filet à Tarnac, en Corrèze. Leur cible : des militants d'extrême gauche soupçonnés, selon le Procureur, d'être sur le point de passer à la lutte armée. Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, a revendiqué publiquement l'initiative de cette opération spectaculaire. Aujourd'hui, deux ans plus tard, le dossier s'est en grande partie dégonflé. Tous les militants ont été relâchés, aucune arme n'a été retrouvée, des PV de filatures apparaissent erronés et les rares éléments matériels sont contestés.Pour la première fois, des militants de Tarnac ont accepté de témoigner devant une caméra sur les conditions de leur arrestation et sur les charges qui pèsent contre eux. Accusés de sabotage (un train immobilisé pendant quelques heures sur une voie), ils risquent 10 ans de prison.Pour Spécial Investigation, Thierry Vincent et Gilles Pérez reviennent sur cette affaire de terrorisme... hautement politique (présentation éditeur).          

 

 

 

 

 

Tous terroristes ! Une enquête de Thierry Vincent
La France détient le record d'Europe en matière de procédures antiterroristes : 430 pour l'année 2009. C'est quarante fois plus qu'en Allemagne, huit fois plus qu'en Italie et même deux fois plus qu'en Espagne (pourtant confrontée à la violence armée des Basques de l'ETA). Au total, plusieurs milliers de personnes tombent chaque année dans les filets de la justice antiterroriste française. Même si les suspects sont finalement mis hors de cause, les conséquences sont lourdes. A travers les histoires de plusieurs mis en examen (un libraire communiste, une fonctionnaire, un réfugié kurde, un journaliste d'investigation), enquête sur une justice à part. Pour la première fois, un juge du pôle antiterroriste, Gilbert Thiel, tire la sonnette d'alarme sur l'extension permanente de ces procédures d'exception. Plusieurs avocats en dénoncent les dérives : arbitraire de certaines arrestations dans un cadre juridique flou, recours aux lettres anonymes, voire aux aveux extorqués sous la torture par des autorités étrangères. La justice antiterroriste a sa part d'ombre, même si elle fait aujourd'hui l'unanimité dans l'opinion. Elle pourrait bien être rattrapée un jour par la même controverse que la garde à vue (qui vient d'être réformée). (présentation éditeur)





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Analyse des procédures antiterroristes par Laurent Bonelli :

 

 

 




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Des infos sur tous les inculpés dans des procédures antiterroristes :

http://www.infokiosques.net/spip.php?article597
Dans ce dossier se trouvent archivés - de manière exhaustive - les textes, analyses, comptes-rendus d’actions glanés sur les sites d’informations "alternatifs", ainsi que les articles policiers de la "grande presse" se rapportant à l’"outil antiterroriste" et à la "mouvance anarcho-autonome"... Le dossier "Mauvaises intentions" a été mis en place en juin 2008 à la suite des premières inculpations sous régime antiterroriste de personnes fichées par la police comme "anarcho-autonomes". Ce dossier constitue le principal relais rassemblant tous les textes écrits par ou pour ces personnes.

http://www.soutien11novembre.org/

http://ultrahumandignity.blogspot.com/

http://fragmentsduvisible.org/site/demain




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Publié dans Enfer et désert

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Dédé 30/10/2012 17:38

L'antiterrorisme comme mode de contrôle politique ou quand le prétexte devient vérité .