"Notre pain quotidien" : le traitement du vivant par l'agro-industrie.

Publié le par Le désert du réel

 

« Auschwitz commence partout où quelqu’un regarde un abattoir et pense : ce sont seulement des animaux. »

 

 

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   A propos du documentaire "Notre Pain Quotidien" de Nikolaus Geyrhalter : une illustration de l'arraisonnement par l'image

    Cette citation faussement attribuée à Adorno permet de pointer de manière provocante ce qu'il y a de commun entre  l'abattoir agro-industriel, le camp d'extermination c'est-à-dire le complexe chambre à gaz-four crématoire, et l'usine capitaliste taylorisée : une organisation technico-scientifique en vue de l'efficacité pour produire de la viande, des cadavres ou de la marchandise - en quantité industrielle, comme on dit.

  Ce documentaire permet d'éprouver intimement un certain rapport à la nature et au vivant commandé par  la raison instrumentale et calculante : la nature est saisie comme une chose, un objet, qu'il y a à gérer, à taiter rationnellement, au moyen d'un dispositif technique et scientifique afin d'accroître son rendement - il faut forcer la nature ou le vivant à produire, à rendre du jus, en la provoquant.  Ce rapport à la nature, Heidegger le nomme arraisonnement.

notre-pain-quotidien.jpg      Par exemple ici, l'ensemble de la reproduction des boeufs est prise intégralement en charge par la machine industrielle : du prélèvement du sperme, à la mise-bas par césarienne, en passant par l'insémination artificielle.

     L'arraisonnement c'est le projet occidental moderne formulé explicitement par Descartes : "Se rendre maître et possesseur de la nature". C'est ce rapport occidental à la nature qui ne voit rien d'autre en elle qu'un ensemble de forces à maîtriser, rapport qui se construit sur la conception physique moderne de la nature. On est loin de l'indien Guayaki pour qui la forêt est peuplée d'esprits dont il ne faudrait pas attirer la malveillance et pour lequel il n'existe pas de malheur plus grand que de tuer un animal pour rien.  

   L'agro-industrie ne pose donc pas platement un problème de santé publique ou de pollution. Ni même seulement une question de souffrance animale. La pauvreté de ce rapport marchand et instrumental au vivant est solidaire d'une civilisation, et la solitude de tomate est tout aussi palpable que celle du cochon. Et dans cette civilisation, ce rapport au vivant, la gestion rationnelle de son exploitation prend différentes formes et propage la même misère. La misère de l'arraisonnement  : soumettre le monde à la pure logique technique et instrumentale.

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"Notre pain quotidien" : le traitement du vivant par l'agro-industrie.

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