Des pierres contre des fusils

Publié le par Le désert du réel

 

 

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                               Ainsi donc trente jours de manifestations, d'émeutes, et d'affrontement avec les forces de l'ordre peuvent mettre fin à un régime autoritaire qui dure depuis plus de vingt ans et qui aurait eu les moyens matériels de massacrer encore plus de monde. Dont acte. Les victoires révolutionnaires ne sont jamais seulement ni même essentiellement des victoires militaires. Il est des situations où les fusils ne l'emportent pas contre des pierres.

                                Et maintenant dans toutes les bouches ici et là : la liberté, la démocratie, des élections. De fait, des élections sont déjà prévues. Démocratie, élections... Lesquelles ? Réponse : Celles qui permettent à des Bush - ou même des Obama, des Berlusconi, ou des Sarkozy d'être élus - tous millionnaires, tous liés aux milieux d'affaires. La liberté ? Celle qui permet en France et ailleurs de qualifier de terrorisme ce qui ne file pas droit pour justifier un régime répressif anti-terroriste et ses mesures dites d'exception. Celle qui organise des rafles et des arrestations massives d'étrangers. Celle encore qui réactive des mesures coloniales pour instaurer des couvre-feux pendant les émeutes de 2005 afin de contenir le feu des banlieues. Qui mesure le "moral des ménages" à une propension à la consommation.

Quant à celle qui ne tire pas sur ses manifestants, qu'on ne s'y trompe pas. Plus le pouvoir politique est fort, plus il est libéral, permissif. Tant que les manifestations ici ne constituent pas une menace réelle, les matraques et les flashball font bien l'affaire.

                               L'opération est lisible sinon risible.  Tout l'évènement tunisien rabattu sur ça : une victoire de la démocratie. Tous les désirs hétérogènes des insurgés tunisiens écrasés sur ce triste désir : le désir de démocratie - qu'ils puissent enfin choisir ceux qui les dirigent, ceux qui foulent aux pieds leurs intérêts comme disait l’autre. Comme pour conjurer la peur des puissants : la plèbe qui brave la police et l'armée, la répression et les couvre-feux, la mort et la violence, en un mot le soulèvement populaire peut faire tomber des gouvernements ; la nouvelle est inquiétante pour beaucoup. Et pour calmer les insurgés : que l'ordre revienne puisque des élections viennent.

                               Mais du régime purement autoritaire mêlé de captation mafieuse des richesses économiques par le clan au pouvoir, aux formes plus subtiles de légitimation du pouvoir par les élections et d'appropriation des richesses dans la démocratie, il n'y a pas à capituler - même s'il n'y a pas identité.

                               Ce qui prend forme en ce moment en Tunisie comme ailleurs n'est pas platement ce qu'en dira la langue du pouvoir.  En Tunisie a parlé la langue de l’insurrection qui couve toujours, de l’opposition finalement violente au pouvoir répressif. Et les langues se sont déliées. Les multiples gestes de résistances qui faisaient le quotidien se sont soudainement agrégés. Des solidarités se sont tissées. Alors viennent la révolte et l’émeute. Ce qui prend forme déjà c’est un espace commun de rage, de gestes et de paroles, de partage – et de pleurs aussi. Espace vivant où s'exprime le désir d'autres mondes et où finalement ces autres mondes s'affirment et viennent à exister. Lignes vivantes où s’éprouve une certaine forme de puissance collective. « Le monde s’est inversé en joie » a-t-on pu lire.

                              Que cette joie puisse conduire à autre chose qu’à la gestion démocratique, la preuve est faite.

Face au vide du pouvoir et contre la peur de ce vide. Tout commence ici et maintenant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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le journal des tueursnet 15/01/2011 22:40


Rouge Jasmin

Le Jasmin c’est désormais le nouveau parfum, de ces jeunes tunisiens qui ont donné leur sang pour mettre fin à la corruption, l’abolition des privilèges…
quel sublime sacrilège !
Qui indique, qu’il n’y a pas, qu’il ne peut y avoir d’autre souverain que le Peuple.
Pas d’autre destin que celui qu’il se choisit : le sien.
La Tunisie vient d’ouvrir les yeux du monde sur ce qui est désormais possible : la Révolution…
Quitte à mourir autant mourir pour les autres…
Un peuple qui se soulève comme un seul homme
Ce n’est plus Rome, mais Carthage !
J’ai la rage, pas vous ?