...au prix de quel préjudice de la capacité d’agir et de la capacité de jouir, la normalité exigée est acquise. Freud, L’inquiétante étrangeté.
Dis que c'est Oedipe, sinon t'auras une gifle !
Pourquoi les hommes se battent-ils pour leur servitude comme s'il s'agissait de leur liberté ? Spinoza.
Il n'a pas fallu attendre une petite chose aussi insignifiante qu'Onfray pour que la critique de Freud et de la psychanalyse ait lieu. On doit à Reich d'avoir
attaqué dans La Révolution sexuelle la réaction de Freud contre le caractère révolutionnaire de sa propre découverte : en favorisant la répression et le refoulement des désirs, les
exigences morales et sexuelles portées par l'éducation familiale et sociale limitent la capacité de jouir et d'agir d'un individu. Mais au lieu de penser les conditions politiques du dépassement
de cette morale sexuelle propre à une société donnée, il finit par insister sur l'importance de cette répression dans le processus de civilisation. Ou par préconiser la sublimation. Ou la cure
analytique pour les moins chanceux.
Deleuze et Guattari tapent alors sur la violence que le système Freud impose au désir en écrasant systématiquement tous les désirs du sujet sur le triangle œdipien, en
rabattant la multiplicité des désirs sur le système famille : papa-maman ; et en limitant le désir à un manque, bloquant ainsi toute sa puissance productive. Dis que c'est Oedipe, sinon
t'auras une gifle !
Il faut encore attaquer par un autre biais : celui des usages pratiques et possible de la psychanalyse - ses usages politiques. C'est le projet d'Adam Curtis dans le
documentaire The Century of the self. Comment le travail de Freud qui met à jour l'existence d'une vie psychique inconsciente constituée de désirs contradictoires a été convoqué,
utilisé et souvent déformé : pour élaborer des techniques de manipulation des désirs par le biais de la propagande publicitaire ; pour tester, contrôler et normaliser les individus ; pour
retourner la critique révolutionnaire du contrôle et de la répression en faisant naître finalement une nouvelle conception du sujet : un petit "moi-je" , unique, et libre de réaliser sa
singularité en ... consommant ; enfin pour élaborer des nouvelles formes de mobilisation et de contrôle dans la gestion démocratique la plus moderne.
Le vingtième siècle voit apparaitre une nouvelle forme de subjectivité en même temps qu'une nouvelle forme de contrôle de ces subjectivités. Témoignant par là qu'il n'existe
pas de régime de domination politique et économique qui ne soit en même temps et intégralement un régime affectif qui capte et travaille les désirs. "La production sociale et les rapports de
production sont une institution du désir, les affects ou les désirs font partie de l'infrastructure [économique] elle-même". Deleuze semble commenter. Encore : "Il est donc important pour
la société de réprimer le désir, et même de trouver mieux que la répression, pour que la répression, la hiérarchie, l'exploitation, l'asservissement soient eux-mêmes désirés. La production
sociale des "biens" impose sa règle au désir par l'intermédiaire d'un moi dont l'unité fictive est garantie par les biens eux-mêmes". Dans le siècle du moi, The Century of the
Self.
Mais dans ces désirs se trouvent aussi les moyens de rompre cette répression.

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Présentation éditeur : La remarquable série d’Adam Curtis pour la BBC, « The Century of the
Self », analyse, en quatre épisodes d’environ une heure, le développement de l’individu consommateur roi avec comme toile de fond le rôle des
descendants de Freud. Suite en Français ici.
Extraits du premier volet sous-titré en français ici : http://www.editions-zones.fr/spip.php?article33
Les quatres épisodes en VO.
Le premier épisode de la série est consacré à l’histoire de la relation entre Freud et son neveu américain, Edward Bernay. Bernays a inventé le métier des relations publiques
(le marketing publicitaire en fait) dans les années 1920 et fut la première personne à utiliser les idées de Freud pour manipuler les masses. Il a montré aux sociétés américaines comment faire en
sorte que les individus veuillent des choses dont ils n’avaient pas besoin en liant la production de masse de biens de consommation à leurs désirs intérieurs.
Le deuxième épisode explore comment ceux qui étaient au pouvoir dans l’après-guerre ont utilisé les idées de Freud sur l’inconscient pour tester et contrôler les masses.
Dans les années 1960, un groupe radical de psychothérapeutes a mis en cause l’influence des idées de Freud aux Etats-Unis. Ils étaient inspirés par les idées de Wilhelm Reich, un élève de Freud,
qui s’était retourné contre lui et était détesté par la famille de Freud. Il croyait que le moi intérieur n’avait pas à être réprimé ou contrôlé. Il devait être encouragé à s’exprimer.
De là est né un mouvement politique qui a cherché à créer des êtres nouveaux libres de la conformité psychique qui avait implantée dans les esprits des individus par les entreprises et la
politique.
Le troisième épisode montre comment les sociétés américaines réalisèrent bien vite qu'il était de leur intérêt d’encourager les individus à ressentir qu’ils étaient uniques et à leur vendre
ensuite les moyens d’exprimer cette individualité. Pour ce faire ils se tournèrent vers les techniques développées par les psychanalystes freudiens pour lire les désirs intérieurs de ces
nouveaux moi.
Le quatrième et dernier épisode explique comment les politiciens de gauche, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, se sont tournés vers les techniques développées par le milieu des affaires pour
lire les désirs profonds du moi et y répondre.
A lire et voir :
Wilhelm Reich, La révolution sexuelle
Deleuze et Guattari, Capitalisme et schizophrénie 1 : L’Anti-Œdipe
Deleuze à propos du rabattement du désir sur le champ familial chez Mélanie Klein :
http://www.youtube.com/watch?v=wtueJMw7s-c
Edward Bernays, Propaganda ; Comment manipuler l'opinion en démocratie ?
Présentation éditeur : « LE manuel classique de l'industrie des relations publiques », selon Noam Chomsky. Véritable petite guide pratique écrit en 1928 par le neveu
américain de Sigmund Freud, ce livre expose cyniquement et sans détour les grands principes de la manipulation mentale de masse ou de ce que Bernays appelait la « fabrique du consentement
».
Un exemple de manipulation grossière de l'inconscient psychique :